19/02/2016

Afrique Secrète; Relations Afrique/Mexique

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Ce fut le titre de l'exposition de mes photos prises en 2014-15 au retour du Soudan, Niger, Namibie et Cameroun. Les photos servirent de support culturel aux exposés de géopolitique présentés par les Ambassadeurs Oñate et da Costa e Silva.

Pour voir les photos, se rendre sur www.jeanfrancoisdruz.com.

En la présence d'une douzaine d'Ambassadeurs, l'ancien Ambassadeur de France au Mexique, Daniel Parfait, a commenté les photos ce 3 février dernier. Voici son discours. Merci Daniel.

 

Tous ceux qui connaissent JFD savent qu’il a le sens de l’humour. C’est immédiatement ce que j’ai pensé quand il m’a proposé de dire quelques mots pour présenter son exposition de photos sur l’Afrique. En effet, l’Afrique est un continent où je n’ai jamais voyagé, dont je ne connais rien. Et l’autre continent dont j’ignore tout, c’est la photographie.

Il me restait donc à faire une soustraction : si on retire l’Afrique, dont l’ambassadeur va parler, et les photos, qui parlent d’elles-mêmes, il reste le photographe.

Je voudrais donc vous parler de JFD, de ce voyageur impénitent qui parcourt le monde avec une inépuisable curiosité. Il a ses habitudes de voyage, sa manière de régler son regard sur le monde. Qu’est ce qui le caractérise, le distingue ?

JFD ne voyage pas comme tout le monde. C’est un vrai voyageur, ceux dont Baudelaire disait :

                  … Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
                  Pour partir ; …
                  Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

C’est exactement cela : JF, quand vous le rencontrez, rentre de voyage, et il s’apprête déjà à repartir, son appareil photo en bandoulière. Mais, il ne voyage pas comme la plupart d’entre nous.

D’abord, il prend le risque d’aller là où personne ne va. Qui se risquerait aujourd’hui à voyager au Soudan ? Vous verrez d’incroyables photos de ce voyage qu’il a entrepris avec Carmen. Il lui a très joliment dédié le livre magnifique où il raconte ce voyage en images. Meroe est une cité de légende. Capitale de la Nubie, elle a été dirigée, à plusieurs reprises par des reines, dont certaines sont devenues célèbres. Et puis, vers l’an 300, cette civilisation disparait, avalée par les sables. C’est à propos des monuments de Nubie qu’André Malraux a prononcé à l’Unesco, en 1960, cette phrase célèbre :

                  « Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévale ni la négligence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort ».

Les nécropoles de Méroe ont résisté au sable, à la mort, mais elles gardent tout leur mystère. Ce mystère inspire JF et ses photos l’expriment. On est saisi d’un sentiment puissant en les regardant, d’un sentiment où la croyance en une forme de transcendance, qu’on peut appeler la foi, trouve dans l’art la manière d’échapper au temps.

Souvent, JF part seul. Non seulement il prend le temps de voyager, qui est le temps de comprendre, mais il s’immerge dans le pays. J’aurais presque envie de dire qu’il passe inaperçu, mais c’est difficile à imaginer. Pourtant, on sent dans les yeux qui regardent la caméra cette confiance qu’on éprouve à l’égard d’un ami. Comment aurait-il pu faire tant de photos qui mettent les gens à nu s’il n’avait su établir cette relation qui conduit ceux qu’on photographie à livrer une part d’eux-mêmes ? Nul n’aime vraiment être photographié sauf à porter un masque pour apparaitre autre que ce qu’on est : plus jeune, plus beau, plus intelligent. Rien de tel dans les portraits de JF : les gens y sont ce qu’ils sont. Ils sont l’exact contraire des photos de mode qui montrent autre chose que l’âme : des vêtements, des objets, un maquillage, rien d’intérieur. Même les jeunes gens, hommes et femmes, parés de couleurs vives destinées à séduire ou simplement habillés pour participer au festival de Gerewol, nous laissent lire, sous ces couleurs, le fond d’eux-mêmes.

Quel est le secret de JF pour obtenir que tous ces gens qu’il croise acceptent d’être dévoilés ? Au-delà même des liens d’amitié et de confiance que JF parvient à nouer, il y a la tendresse. On la sent affleurer dans chacune des photos. Ces gens sentent qu’il les aime. Avec lui, ils peuvent sans crainte être eux-mêmes. Ils se montrent tels qu’ils sont, le plus naturellement du monde.

Dans les photos de JF, il y a une forme de baiser. Dans Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand écrit :

                  Un baiser, mais, à tout prendre, qu’est-ce ? …
                  Une communion ayant un goût de fleur,
                  Une façon d’un peu se respirer le cœur,
                  Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme.

Et l’âme apparait au bord de l’objectif. Je ne résiste pas à la tentation d’ajouter que le clic de l’appareil appelle une autre définition du baiser :

                  Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille.

Vous l’aurez compris : les photos de JF sont un langage poétique pour décrire, plutôt pour découvrir, c’est-à-dire retirer ce qui couvre, ce qui cache, plus encore pour aller au fond de l’humanité de ceux qu’il croise. Elles sont un hymne à l’humanité.

L’humanité, le mystère, que cherche JF ? quelle fin poursuit-il ? Part-il pour voyager, et en profite-t-il pour faire des photos, ou part-il pour faire des photos ? Les deux sont indissociables. Si JF avait vécu avant l’invention de la photo, il serait parti avec ses planches à dessin, ses carnets de voyage et, comme les explorateurs français du XIXème siècle, Alcide d’Orbigny, Aimé Bonpland et tant d’autres, nous aurait rapporté des croquis, des reproductions, des peintures aussi de la vie en ce temps-là. Je pense aussi à Désiré Charnay, le premier à publier des photographies de Mitla et de Chichen Itza que le musée de San Ildefonso a récemment présentées.

Les photos parlent d’elles-mêmes, elles disent beaucoup, je vais donc leur passer la parole, une parole silencieuse. Je terminerai simplement avec Baudelaire :

                  Etonnants voyageurs ! Quelles nobles histoires
                  Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !

 

 

 

01/06/2014

BH : 10ème Anniversaire. Cruauté et Horreur

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Le califat de Sokoto, à cheval sur Nigeria et Niger, au 19ème siècle

BH, comprenez Boko Haram!

Le mouvement a été créé en 2004 par Mohamad Yusuf. Depuis cette date, ont été enregistrés 160 attentats et plus de 2500 victimes. Beaucoup de massacres dans les collèges et les écoles du nord du Nigeria. Autrefois, leur présence était signalée dans le NE du pays, autour de leur base de Maiduguri. Depuis 2010, la secte réalise des incursions dans le sud.

Le Gouvernement français, présent au Mali et dans la zone, dérange certains, dont Boko Haram et Ansaru, fraction dissidente de la secte BH, qui nait en 2012. Ansaru veut dire "Avant-Garde pour la Protection des Musulmans en Afrique noire".

Ansaru cherche à défendre les intérêts musulmans au Nigeria et en Afrique. Usamata Al Ansari, leader du groupe djihadiste, explique que le gouvernement du Nigeria est incapable de les défendre dans les violences inter-religieuses avec les chrétiens.

Au début du 19ème siècle, au temps du califat de Sokoto, l’ancien empire islamique s’étendait du Niger au Cameroun en passant par le nord du Nigéria. Alors une certaine nostalgie animerait ce groupe terroriste?

Encourageons l’Onu et les forces internationales à s’associer au côté du Nigeria dans la lutte contre ces fléaux.

27/05/2014

C’est où le Cameroun ?

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 Le Roi de Bangoulap

Rafael Perez, chargé d’affaires au Secrétariat des Affaires Extérieurs du Mexique, me convoque.

Il commence son exposé. « Le Mexique a moins d’une dizaine d’Ambassades en Afrique, alors que le Brésil en a plus d’une trentaine. » Pourquoi ne pouvons nous pas être davantage présent ? As tu des idées ?

Je lui explique que le Brésil a une population noire, quasi inexistante au Mexique. Ils ont des racines d’Afrique ; leurs ancêtres sont des esclaves noirs. Le Mexique a ses indiens et aussi un côté raciste envers les noirs.

Il faut plus communiquer sur les pays d’Afrique et les présenter aux mexicains. Pour la plupart, l’Afrique se limite au Maroc, à l’Egypte, à l’Ethiopie, à la Namibie et aux pays de safaris (Afrique du Sud, Tanzanie, Kenya, Bostwana).

R. Perez poursuit : « Va faire un tour en Afrique. Reviens avec reportage et photos. On va commencer une série sur ce continent. »

Je m’envole pour Paris et réfléchis au pays que je ciblerai. Il faut éviter la dispersion, aussi je décide de m’intéresser à l’un que je ne connais pas encore. Et ils sont nombreux ! Je me rends à l’Unesco et rencontre deux fonctionnaires spécialisés sur l’Afrique. Je leur expose la situation. L’un me donne la solution.

« Allez au Cameroun, c’est l’Afrique en miniature. Ils ont le Sahel, le désert, les forêts tropicales, les plages, les volcans, les ethnies, la culture, les chutes d’eau, les chefferies, les animaux de safari, les parcs, l’écotourisme, ... »

Je prends mon visa, voyage à Yaoundé. La je me ferai héberger chez un ami, à la résidence de l’Ambassade d’un pays européen. Pendant 12 jours, ce sera ma base!

Je ne serai pas déçu de mes visites qui seront cependant limitées géographiquement et ce, pour des raisons de sécurité.

L’Ambassade m’interdit l’accès à l’Extrême Nord, où se trouvent les plus belles ethnies. La proximité et l’influence de Boko Haram dans cette partie, obligent à ne pas y circuler. Au même moment, le groupe revendiquait l’enlèvement de quelques 300 jeunes filles étudiantes.

Je suis allé dans l’ouest camerounais, à la rencontre de l’ethnie des Bamilékés (la plus importante avec celle des Bamoun). J’ai fait un tour des Chefferies en rencontrant quelques Rois et Chefs, à Bafoussam, Bangangté,  Bangoulap (j’ai visité la fondation Jean-Félicien Gacha, de la famille Dumas, Hermes ; j’ai rencontré Ly Dumas et j’ai séjourné à la villa Boutanga), Batoufam, Bandjoun (le chef actuel a plus de 60 femmes), Foumban,...

Puis je serai accompagné par les guides du Ministère du Tourisme pour rencontrer les pygmées de la vallée de la Lobé, près de Kribi.

Il y a peu d’infrastructure hôtelière dans l’ensemble, il y a peu de tourisme encore. Et cela fait partie du charme du pays !