27/02/2014

Stratégie de sécurité dans l’Océan Indien

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Le port de Muscat ; au fond, le yacht Al Said, propriété du Sultan Qaboos bin Said Al Said

Pour un bateau de croisières ou un bateau privé, la crainte est toujours la même : celle d’y rencontrer des pirates.

Allions nous renoncer à notre croisière sur le catamaran?

Certes, il fut convenu dans le tracé d’éliminer des zones à hauts risques, c’est à dire au large de la corne de l’Afrique et face à la Somalie. Mais si autrefois, les pirates restaient à une centaine de miles de leurs bases terrestres, on peut en retrouver aujourd’hui à plusieurs centaines de miles.

On les sait très équipés en bateaux rapides (ils se déplacent souvent à deux) et ils peuvent être relayés en pleine mer par des bateaux assurant une base logistique en se confondant avec des bateaux de pêche.

Quand ils se dirigent vers leur proie, ils sont moins d’une dizaine de personnes sur-armées et munies d’une échelle télescopique pour s’accrocher au bateau. Et ces hommes singes-araignées sont très habiles pour arriver à leur fin. Ils grimpent, ils crient, ils sont souvent désordonnés et contradictoires dans les ordres qu’ils lancent. Et dans tous les cas, il y a vraiment à craindre.

Quand on a cela en tête, on peut toujours décider de ne pas s’embarquer dans cette expédition! Et faire marche arrière n’aurait rien de déshonorant !

Mais la nature humaine aime aussi à rêver et se laisser transporter en imaginant quitter Dubaï, traverser l’océan jusqu’en Inde pour atteindre Mumbai par la mer. Longer la côte ouest du Karnataka et du Kerala, terminer par Kochin, se rendre aux Maldives, aux Seychelles et atteindre Zanzibar. Puis regagner la côte africaine à Mombasa, Dar es Salaam, stopper à Nosy Be (petite île du NO de Madagascar), ensuite Maputo pour terminer au Cap, après des escales au pays des Zoulous encore fortement marqués par le décès de leur grand Maitre Nelson Mandela en décembre dernier.

Et tout cela sur un catamaran de 35 mètres, avec 15 passagers et 7 membres d’équipage !

Alors certes peur, risques, questions, votes pour l’abandon du projet sont évoqués. Et puis, la décision finale. On y va ! C’était quatre mois plus tôt à Londres! On fera cette traversée en suivant plus ou moins l’itinéraire rêvé. Et l’on partirait de Dubaï, pour des raisons de logistique.

Mais il faudra certes se protéger contre les risques de piraterie et mettre en place un plan de sécurité.

Heureusement, nous avions parmi les passagers un homme très connu, T.S., britannique de 65 ans, diplomate et conseiller politique. Entre autres, spécialiste du monde Arabe, proche du Sultan d’Oman (ce qui peut toujours aider) et ancien du MI6 (Services des R.E.) de sa Majesté Britannique.

C’est grâce à la présence de T.S., à sa connaissance de la région et à son assurance que nous avions voté favorablement la poursuite de notre aventure.

Arrivés à Dubaï, nous sommes allés découvrir la plus haute tour du monde, le Burj Khalifa, puis avons dégusté le meilleur risotto aux truffes dans le Armani Ristorante, au rez de chaussée de la tour.

On nous a rappelé l’histoire de la famille Maktum venue d’Abu Dhabi s’installer à Dubaï en 1833. Le démarrage de Dubaï a véritablement commencé dès 1959, lorsque le Roi du Koweït a décidé du financement de la crique et du port que l’on connaît aujourd’hui.

Nous avons regardé au loin une course de dhows, ces voiliers en bois et à la voile triangulaire.

Pendant ce temps, des contacts ont été pris pour annoncer notre arrivée dans les 48 à 72 heures à Oman, au port du Sultan Qaboos, le port de Muscat.

Nous avons convenu qu’il n’y avait pas d’escale intéressante entre Dubaï et Oman, si ce n’est le triste émirat de Fujaïrah avec ses montagnes d'Hajar.

A proximité de Dubai, Abu Dhabi. Nous visiterions les 4 musées en cours de construction, lors d’un autre voyage. Nous vîmes sur une carte d’Abu Dhabi, une zone mentionnée près du Jebel Dhanna qui était fréquentée au 19ème siècle par les pirates. Décidément ces derniers avaient été présents dans la zone et l'étaient actuellement dans nos esprits.

Il fut finalement décidé que nous rejoindrions directement l’équipage et le bateau au port de Muscat et que le voyage serait ainsi plus rapide par avion. Nous échapperions aussi au passage du détroit d’Ormuz.

J’appris plus tard que c’est le même britannique T.S. qui avait demandé à rencontrer au plus tôt l'un des conseillers du Sultan d'Oman pour nous recommander la stratégie en matière de sécurité du voyage.

Nous avons volé jusqu'à Muscat en un peu plus d’une heure et nous avons posé les bagages à l'hôtel Al Bustani, situé en bord de mer et proche du port.

Nous sommes allés visiter le Fort Nakhal qui fut l’ancienne résidence familiale de l’Emir en 1863. Il est situé à 120 km de Muscat dans une très belle palmeraie.

Nous avons flâné au musée Bait al Zubair et au souk Muttrah, face au port de Muscat.

Quelques trois jours plus tard, nous embarquions sur le catamaran, accosté à côté de l’un des yachts du Sultan.

Nous quittèrent le port puis entrâmes dans les eaux territoriales lorsqu'un vaisseau s’approcha.

Trois hommes munis de plusieurs sacs remplis d’armes et de matériels électroniques, deux Sri Lankais et un Indien, en descendirent. C'étaient d'anciens militaires. Ils intégrèrent le catamaran en saluant chacun de nous puis ils expliquèrent leur rôle en matière de sécurité. Au cours des deux derniers jours, T.S. avait négocié leur mission avec une société spécialisée d'Oman. Ils nous accompagneraient jusqu'à Dar es Salaam.

Depuis cet instant, nous étions pleinement rassurés.

16/01/2014

Rencontre en pleine mer entre Cochin et Malé.

Ixtis, le catamaran de 35 mètres, quitta la baie de Cochin en direction de Malé.

La distance représentait quelques 400 milles. Avec les vents portants, il ne devait pas falloir plus de 2 jours pour rallier le port de la capitale peu accueillante des Maldives.

Au milieu de l’Océan Indien, notre bateau se trouva face à deux planches à voile, ridiculement petites, que nous découvrîmes avec un grand étonnement. A leur bord, deux jeunes garçons d’une quinzaine d’années !

Interloqués, nous nous approchâmes d’eux en tentant de communiquer en anglais. D’ou venaient-ils et pourquoi étaient ils abandonnés dans cette mer légèrement houleuse ?

Ils ne pouvaient s’exprimer mais nous indiquèrent la direction de ce qui devait être leur base. Effectivement au loin, flottait un grand radeau rehaussé d’un mat et d’une cabine qui pouvait accueillir une famille.

Nous avions lu à propos des risques de la région fréquentée par les pirates. Il était vrai qu’ils se déplaçaient en vedette rapide plutôt qu’en radeau. Nous nous étions convaincus qu’il ne nous arriverait en principe rien.

Notre catamaran se rangea le long du radeau. Nous fûmes accueillis par une vingtaine d’individus souriants : des hommes barbus, des femmes enceintes, des jeunes enfants. Deux s’exprimaient dans un anglais approximatif mais suffisant pour dialoguer.

Ils nous expliquèrent qu’ils avaient dérivé depuis le Sri Lanka, il y a quelques vingt ans. Depuis, ils avaient pris gout à ce style de vie.

Ils étaient des nomades de l’Océan qui se déplaçaient au gré des courants, des vents, des moussons. Ils savaient qu’ils ne tarderaient pas à s’échouer sur l’une des iles des Maldives et qu’ils y prendraient un repos de quelques mois. Et la, ils étaient sûrs de faire des rencontres. Les planches à voile qu’ils possédaient leur avaient été offertes par des étrangers qui séjournaient sur la même île.

Ils avouaient que leurs problèmes principaux étaient liés à la restriction d’eau potable, à la venue d’un éventuel tsunami, aux manques de légumes frais et à la crainte d’une attaque d’hommes qu’ils croiseraient davantage à celle de requins.

Ils avaient installé une bâche qui leur permettait de récolter l’eau de pluie lors des averses. Les bidons de plastique arrimés permettaient le stockage de ce bien précieux.

Ils nous offrirent du poisson frais. Après avoir partagé un thé, nous nous séparâmes.

Quelle rencontre inédite !

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02/12/2013

La Mission Hasekura

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7 ans de mission: de 1613 à 1620.

 Hasekura et le galion San Juan Bautista

Il y a 400 ans, la première expédition diplomatique envisageait le début de relations commerciales entre le Japon et la Nouvelle espagne.

En Octobre 1613, sortait du port de Tsukinoura, le bateau Saint Jean Baptiste.

L’expedition maritime eut lieu sous les ordres du Seigneur de Sendai, Masamune Date. Elle fut conduite par le samouraï Tsunenaga Hasekura (1571-1622), en qualité d’Ambassadeur, qui fut accompagné de 180 hommes.

Après 3 mois de traversée, l’expédition atteint Acapulco en janvier 1614. Après la traversée de Mexico, c’est en juin que le samouraï ainsi qu’une vingtaine de membre de la délégation quittèrent le port de San Juan de Ulua, Veracruz, pour rejoindre Séville, en passant par la Havane.

Le samouraï fut reçu par le Roi Felipe III d’Espagne à qui furent transmises les lettres de Masamune Date. Hasekura se rendit aussi au Vatican en 1615 où il rencontrera le Pape Paul V. Hasekura se convertira au christianisme la même année.

La mission regagna Mexico en 1617 et quitta Acapulco en 1618 en direction de Manille. La réponse du Roi d’Espagne se fit attendre. La mission dut quitter Manille avant de connaître la position de l’Espagne.

La mission dura 7ans.

La réponse de l'Europe fut négative. En effet, à cette époque, le Japon était hostile au christianisme sur son sol. Le Japon entrera par la suite dans sa période d’isolationnisme (sakoku).

Il faudra attendre 1852 pour que les premières relations commerciales s’établissent.

Aujourd’hui, 4 siècles après la mission Hasekura, Mexique et Japon sont de solides partenaires commerciaux.